La sous-estimation des flux informels est l’une des réalités qui minimisent la valeur réelle des échanges intrarégionaux en Afrique de l’Ouest et au Sahel. Selon une récente étude de l’OCDE à laquelle l’AOCTAH a fortement contribué, près de 85 % des échanges des produits agro-sylvo-pastoraux et halieutiques échappent aux statistiques officielles. Cette lacune dépasse la simple question de quantification des données. Elle fausse la lecture des dynamiques économiques régionales, freine l’intégration des marchés transfrontaliers et entretient un décalage profond entre l’économie réelle et sa représentation institutionnelle. En conséquence, les politiques publiques s’appuient souvent sur des diagnostics incomplets, conduisant à des choix inadaptés.

Ces flux informels reposent pourtant sur des chaînes d’approvisionnement efficaces, organisées autour de produits d’importance tels que le maïs, le riz, les légumes ou le bétail. Ils structurent des corridors commerciaux reliant les zones excédentaires sahéliennes aux marchés côtiers déficitaires, assurant ainsi l’approvisionnement des centres urbains, la résilience face aux chocs saisonniers et la stabilité des marchés agricoles.

Au-delà de leur rôle économique, ces échanges mettent en lumière l’importance des acteurs locaux, notamment les petits commerçants et les femmes, véritables piliers du commerce intra-régional. Leur absence dans les statistiques contribue à marginaliser leur contribution et limite la capacité des États à concevoir des politiques inclusives et efficaces.

Face à ces enjeux, le défi est double. Il s’agit, d’une part, d’améliorer les systèmes de collecte et d’analyse des données à travers des approches innovantes et adaptées aux réalités du terrain. D’autre part, il convient de repenser les cadres de gouvernance pour mieux intégrer l’informel, non comme une anomalie à corriger, mais comme une composante essentielle à accompagner. Cela implique notamment de sécuriser les corridors commerciaux, d’améliorer la transparence réglementaire aux frontières et d’éviter des mesures restrictives susceptibles de désorganiser ces circuits.
Pour l’AOCTAH, l’enjeu n’est pas de formaliser à tout prix, mais de mieux comprendre pour mieux accompagner. L’absence de données fiables réduit la capacité des États à anticiper les crises, à réguler efficacement les marchés et à orienter les investissements là où ils sont réellement nécessaires.

Ainsi, reconnaître et intégrer les flux informels apparaît comme une condition clé pour renforcer l’intégration régionale, améliorer la sécurité alimentaire et bâtir des politiques commerciales plus cohérentes et ancrées dans les réalités ouest-africaines.